Vendre en ligne quand on crée à la main : le coût invisible.

Par la rédaction Agöra - Février 2026

Il y a quelques années, les plateformes de vente en ligne semblaient promettre quelque chose d'inédit aux artisans : accéder à un marché mondial sans intermédiaire, depuis un atelier en Bretagne, en Catalogne ou en Toscane. La promesse était réelle. Et pour beaucoup, elle a tenu… un temps.

Aujourd'hui, le tableau est plus nuancé.


Une dépendance qui s'est construite sans bruit

La mécanique est connue : une plateforme attire les créateurs en proposant une infrastructure simple, une audience existante, des frais raisonnables. Les artisans s'y installent. Ils optimisent leurs fiches, apprennent les règles du jeu algorithmique, ajustent leurs prix. Progressivement, leur visibilité devient conditionnée à leur conformité aux règles de la plateforme.

Ce n'est pas un complot. C'est simplement la logique d'un modèle économique conçu pour la croissance, pas pour la singularité.

Le résultat : des milliers de créateurs qui partagent le même espace de présentation, les mêmes codes visuels imposés, les mêmes mécaniques de notation. Des ateliers uniques qui finissent par se ressembler sur un écran.


Ce qui se perd dans la transaction

Quand on achète un objet fabriqué à la main, on n'achète pas seulement l'objet. On achète un geste, une technique apprise sur des années, un territoire, une décision esthétique assumée. C'est ce que les anglophones appellent le provenance, l'histoire de l'origine.

Les plateformes transactionnelles ne sont pas construites pour raconter cette histoire. Elles sont construites pour réduire le temps entre l'intention d'achat et le paiement. Ce sont deux projets différents, parfois incompatibles.

L'artisan qui veut exister pleinement, pas seulement vendre, se retrouve à devoir compenser ailleurs : sur Instagram, dans une newsletter, sur un site personnel. À gérer plusieurs présences en parallèle, souvent seul, souvent sans formation ni budget.

La question européenne

Il existe une dimension supplémentaire, rarement nommée directement : la quasi-totalité des infrastructures numériques sur lesquelles s'appuient aujourd'hui les créateurs européens sont américaines. Ce n'est pas une raison de les rejeter en bloc. Mais c'est une réalité qui mérite d'être regardée en face.

Les règles qui gouvernent leur visibilité, les algorithmes qui distribuent ou retiennent leur travail, les conditions générales qui encadrent leur relation client, tout cela est décidé ailleurs, selon des logiques qui ne sont pas les leurs.

L'Europe a une longue histoire de l'artisanat, du savoir-faire transmis, de la création ancrée dans des territoires. Elle n'a pas encore trouvé comment défendre cette culture dans l'espace numérique avec la même conviction.

Ce que nous voulons construire

Agöra part de ce constat, pas pour en faire un discours politique, mais pour en tirer une direction concrète.

Un espace où l'histoire d'un objet a autant de place que sa fiche produit. Où un artisan peut exister comme créateur avant d'exister comme vendeur. Où la logique collective, collaborations, partage de ressources, visibilité mutuelle, remplace la compétition par défaut.

Nous en sommes au début. Le site que vous lisez est en construction. Les premières conversations avec des créateurs sont en cours.

Nous publierons bientôt les premiers portraits.


Agöra est un projet indépendant, construit à Bordeaux en France, avec et pour les artisans européens.