Une conversation avec Manon.

Je façonne des formes pour qu'elles deviennent présence

Sous le nom de louve., Manon travaille le grès entre sculpture et usage. Des corps fragmentés, des formes à vivre, traversés par la même exigence : tenir.

Une conversation sur la densité, le doute, et ce qui reste quand on cesse de vouloir plaire.

Qui es-tu, et que crées-tu ?

Je m'appelle Manon. Sous le nom de louve., je travaille le grès, entre sculpture et usage.

Je façonne des corps fragmentés, mais aussi des formes à vivre, des objets du quotidien, toujours traversés par la même recherche de densité et de présence.

Je ne cherche pas à produire des objets décoratifs. Je cherche à faire tenir quelque chose.

La céramique s'est imposée comme une nécessité. J'ai besoin que la matière résiste, qu'elle pèse, qu'elle oblige.

Je viens d'une lignée de femmes qui façonnent le monde de leurs mains. J'ai grandi au milieu de leurs gestes. Cette mémoire me traverse.

Comment ta pratique s'est-elle construite ?

D'abord par le dessin. Des lignes, des torses, des équilibres.

Puis le besoin de leur donner du poids. De les ancrer.

Qu'il s'agisse d'un buste ou d'une tasse, je cherche le même équilibre : une forme qui tient, qui a sa gravité.

Le grès s'est révélé naturellement : dense, imparfait, vivant. Il garde la trace du geste, de la pression, de l'hésitation.

J’ai trouvé mon médium; un point d’appui.

Quel rapport entretiens-tu avec le temps ?

La céramique impose la lenteur. Séchage. Attente. Cuisson.

On ne peut pas accélérer.

Cette contrainte me structure. Dans l'atelier, je ralentis. Je respire autrement.

Le geste demande une attention pleine. La terre est vivante, elle oblige à s'adapter, à rester à l'écoute. On sort du mental pour revenir au présent.

Il y a quelque chose de très ancré, presque méditatif. Une concentration qui apaise.

Je travaille des formes qui doivent durer. Je travaille contre la disparition.

Quand tu es seule à l'atelier ?

Il y a un silence presque physique.

Je touche beaucoup. J'enlève, je rajoute, je recommence. Je doute. Parfois je détruis.

Il y a un moment où la forme devient juste. Je le sens dans le corps. À cet instant, quelque chose s'apaise.

Ce moment-là ne se voit pas.

Comment sais-tu qu'une pièce est honnête ?

Quand elle ne cherche pas à séduire. Quand elle tient sans que je la défende. Quand elle assume sa densité.

Et surtout quand je m'y retrouve. C'est difficile à expliquer, mais je sens le moment où elle devient juste.

Comment sais-tu qu'une pièce est honnête ?

Quand elle ne cherche pas à séduire. Quand elle tient sans que je la défende. Quand elle assume sa densité.

Et surtout quand je m'y retrouve. C'est difficile à expliquer, mais je sens le moment où elle devient juste.

Y a-t-il une pièce qui te ressemble plus que les autres ?

Souvent celle qui dérange un peu. La plus dense. La plus nue.

Celle qui n'essaie pas de plaire.

Qu'est-ce que les gens ne voient pas ?

Les fissures. Les essais ratés. Les nombreux tests.

Dans certaines pièces, notamment les bustes, un fragment brut de coquille Saint-Jacques est inséré au plexus solaire, un talisman discret que l'on ne découvre qu'en s'approchant.

Si tu devais résumer ton métier ?

Je façonne des formes pour qu'elles deviennent présence.
Qu'elles tiennent dans le temps. Dans le corps.




Agöra est un projet indépendant, construit à Bordeaux, avec et pour les artisans européens.

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Conversation avec Gaël